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17/11/2007

Partir, revenir

Je suis dans le 4x4 qui vient de me récupérer à l’aéroport de Juba. Il fait une chaleur étouffante. J’ouvre la fenêtre : aucune différence. Ca me frappe, on roule tellement lentement en raison de l’état de la « route » (piste), de cette « rue » de Juba, il n’y a aucun courant d’air. C’est à ce moment que je me suis senti de retour au Soudan. J’avais oublié qu’il n’y avait pas de route ici. J’avais oublié après 2 semaines « au paradis », entre Nairobi et Kigali… L’aéroport de Juba déjà m’avait servi de piqure de rappel : tous ces grands gaillards, en uniforme, la « kalach » en bandoulière pour certains, le visage fermé, d’une dureté difficile à sonder. Mais c’est ce manque d’air en roulant en voiture qui me fait prendre conscience que les vacances sont finies.

Au total, j’ai passé 3 semaines en dehors de Malakal, entre Juba, Nairobi et Kigali. Réunion de coordination à Juba, meetings avec toute l’équipe Handicap, c’est sympa de se retrouver, de se rencontrer, de partager ses expériences. 4 jours à Nairobi ensuite, pour le travail. Je me fais plaisir, je vais au supermarché : un vrai, attention ! L’opulence me donne le tournis, me fait sourire niaisement ! J’achète du pain frais, de la salade verte, du jambon (quel bonheur !) et je végète sur le canapé de l’incroyable appartement du Chef de Mission Handicap au Kenya. On est à des années lumières de Malakal.

Kigali n’a pas changé ou presque. Quelques immeubles ont poussé comme des champignons, aidés en cela par les ingénieurs chinois qui ont envahi l’Afrique. Je retrouve Stephanie dans sa belle maison de Kimihurura. Je retourne voir les collègues de Right to Play, Seraphine, Eric, Vestine, Fred. Je croise mes anciens chauffeurs de taxi et on se tombe dans les bras, Laurent, Joel, Bosco. Je retrouve Willy, compagnon de tant de soirées « en famille » il n’y a pas si longtemps, Corrie, du « Butare crew ». On va au resto, je me balade, je vais (enfin) au mémorial, je me repose, je recharge les batteries. Mes yeux reprennent vie en scrutant l’horizon : enfin des collines, des formes, des couleurs. C’est une des choses les plus difficiles et les plus fatigantes pour le cerveau à Malakal : tout est plat, uniforme, il n’y a aucune perspective. Kigali est tellement calme, propre, reposante, facile… Drôle d’impression. Alors que je sais, pour en avoir fait l’expérience, que le Rwanda n’est vraiment, vraiment pas un endroit facile.

Mais le temps passe trop vite et mes 12 jours de vacances sont déjà derrière moi. Retour au Soudan, dans ce 4x4 rutilant qui n’avance pas ou presque. L’équipe Handicap à Juba n’a pas quitté le pays. Les visages sont fatigués, mais le moral est là. On rigole ensemble le soir, on oublie un peu les tracas de la journée. Je consulte mes mails, 3 semaines d’absence de Malakal et le bilan est à la fois décourageant mais attendu :

- 2 démissions au sein de mon staff

- un gardien piqué à 22h par un scorpion et transporté dard-dard à l’hôpital

- un membre du staff qui fait un malaise en plein meeting et perd connaissance

- mon chauffeur arrêté un état d’ivresse avec notre véhicule, incarcéré pendant 6 jours, renvoyé bien sur.

Voilà, je reviens pour tout ça. Mais aussi et surtout pour le projet MRE, d’Education aux dangers des mines. J’ai plus de temps depuis l’arrivée d’Ikwawe, nouveau collègue venu en soutien et qui a pris en charge toute l’administration et la logistique. Alors j’accompagne enfin l’équipe sur le terrain. En voiture, direction le champ de mines de Malakal. Plongée dans des quartiers de Malakal que je ne soupçonnais pas.

C’est la brousse, les herbes sont hautes, le soleil tape fort, les tukuls (maisons traditionnelles en terre avec toit de paille) s’éparpillent jusqu’en bordure du champ de mine, parfois dedans. Les enfants sont partout. La misère aussi, extrême. On va de maison en maison pour inviter les gens à venir assister à notre session d’information sur les dangers des mines et les comportements à adopter pour limiter les risques. On s’assoit en cercle sous un acacia, les enfants sont les plus nombreux. La présentation commence, à grand renfort de posters et de photos. Je n’y comprends pas grand-chose, mon arabe étant toujours affligeant… Je lève les yeux et je pense aux mines, juste là, à quelques mètres, et au fait que les gens ont appris à vivre avec, fatalement. Je regarde autours de moi. Plein de sentiments se bousculent, un peu comme lors de mes visites des camps de réfugiés du Rwanda et de l’Ouganda : un peu de honte d’être un nanti, un peu de joie de vivre une telle expérience, beaucoup de tristesse devant la dureté des conditions de vie de ces gens, un peu d’espoir que notre travail serve à quelques uns… Je suis de retour au Soudan, pas de doute.

14/10/2007

Aurélien de HI aux fourneaux!

Aurélien était en visite à Malakal, il est basé à Juba.

Soirée au compound du CICR

Avec entre autres Marie-Louise de Solidarités à gauche et Caoimhin de Goal (en vert)

13/10/2007

2 mois et 1 semaine au Sud Soudan

Bonjour tout le monde! Je me décide enfin à poster des nouvelles après un long silence radio indépendant de ma volonté! Enfin si, c'est ma faute, ou plutôt, c'est faute de temps et d'inspiration que je n'ai rien écris depuis des lustres. Pareil pour les photos, je ne pense jamais à en prendre et le problème aussi est qu'il faut faire trés trés attention lorsque l'on prend des photos dans la rue. Comme partout en Afrique mais encore plus dans un contexte comme celui du Sud Soudan où les militaires, milices et policiers sont partout. Il faut donc faire attention à ce que l'on prend en photo, comme l'a récemment appris à ses dépends mon amie Maite de l'ONG Goal... Rien de grave, mais une bonne frayeur...

Sinon, vous comprendrez bien que je ne vais pas m'attarder sur la situation politique actuelle, je vous laisse faire vos propres recherches si ça vous intéresse, je préfère ne pas m'étendre là-dessus sur ce blog. Disons simplement que les prochains jours vont être cruciaux. La tension est montée d'un cran jeudi, tout comme l'inquiétude de la communauté internationale au Sud Soudan (et à Malakal en particulier, car trés proche de la "frontière" avec le Nord...). Je suis depuis 3 semaines et pour encore 2 semaines le point focal des ONGs pour la sécurité à Malakal, ce qui veut dire que j'ai encore plus de boulot ces derniers jours... Mon rôle, en gros, est de faire le lien entre les UNs et les ONGs pour tout ce qui touche à la sécurité afin de faire circuler un maximum d'information. Les ONGs ici ont mis en place un système où chaque ONG occupe cette fonction à tour de rôle. Et bien sur, quand il se passe quelque chose de trés sérieux comme en ce moment, il faut que ça tombe sur moi...!

La pluie se fait de plus en plus rare à Malakal, la poussière a remplacé la boue (pas partout!).. Les températures grimpent, pas de doute, je suis en Afrique! Ma fosse septique déborde dans la rue, mon générateur fait des siennes (plus d'électricité publique depuis plus d'un mois), l'eau d'ici, même bouillie, est vraiment dégueulasse, les démissions au sein de mon staff continuent, je n'ai plus d'administrateur-comptable donc, c'est pour ma pomme et les problèmes de discipline sont permanents. Ca n'est qu'un échantillon des problèmes quotidiens qui pompent l'énergie des expatriés ici, au moins au sein des ONGs. Mes propres réserves d'énergie diminuent tous les jours, le stress des responsabilités, des conditions de vie et de sécurité n'aidant pas... 18 jours avant mon break, croyez-moi, je l'attends celui-là!

Mais tout n'est pas noir (...), il y a aussi de bonnes choses à retenir. Je crois avoir réussi à créer un esprit d'équipe au sein de mon staff, le courant passe de mieux en mieux, avec la plupart en tout cas. Les chaussures de Chef de projet me semblent moins grandes aujourd'hui même si il me reste une montagne de choses à accomplir. Un autre expatrié arrive mardi pour 6 mois, Ikwawe, Kenyan, qui sera Chef de Base en charge de l'administration et de la Logistique. Je pourrais donc me concentrer sur le projet d'Education au Danger des Mines à 100%.

Comment vous décrire ce que l'on fait? Il y a en fait 3 types d'activité principales:

1) Nous formons des membres de la communauté afin qu'il fasse passer des messages de prévention à la population. Ces individus appartiennent à des groupes pré-déterminés (Association de Femmes, groupes de Jeunes, travailleurs humanitaires, personnels de santé, chefs locaux, religieux, enseignants, etc...). Nous attendons d'eux qu'ils éduquent la population aux dangers des mines, qu'ils enseignent les attitudes à adopter en cas de rencontre avec une mine ou un obus non-explosés (qui sont partout au Sud Soudan). Comme me le disait quelqu'un de UNMAO (le bureau des Nations Unies en charge de la lutte anti-mines), le Soudan a connu 30 ans de guerre civile, il faudra donc 30 ans pour déminer les pays (si la situation reste calme...). Bref, il y a du travail.

2) Nous menons des sessions de prévention directement auprès de populations cibles (les enfants, les personnes vivant en bordure de champs de mines, les réfugiés de retour au pays, etc.).

3) Nous nous efforçons de collecter des informations sur la présence de mines et les accidents liés aux mines autours de Malakal et dans le reste des états où nous travaillons (le Upper Nile et le Jonglei). Ces informations sont ensuite utilisés par les agences en charge des activités de déminage. En gros, voilà la raison d'être de notre projet ici.

Le temps libre se fait rare. Je passe le plus clair de mes soirées à regarder un film où à rendre visite à mes voisins de l'ONG Goal. Soirée surréaliste hier soir: nous sommes allées au quartier général des Nations Unies où tous les vendredi soir, il y a ce que l'on appelle la "Happy Hour": mauvaise musique et bière à volonté... Ca valait le déplacement ne serait-ce que pour voir les casques bleus indiens se trémousser sur la piste et graviter autours des quelques femmes présentes, objets de bien des convoitises dans un monde majoritairement masculin! Dans un contexte aussi difficile que celui de Malakal, chaque occasion de se détendre est bonne à prendre. La chef des UNs dansent comme si sa vie en dépendait, les bières s'accumulent sur la table... Moi, j'ai bien rigolé avec mon pote Caoimhin de Goal et Jasneet de UNOPS. Retour à la maison avant le couvre-feu de 23h, retour à la réalité aussi sur le chemin du retour, quand on croise deux 4x4 remplis de militaires sud soudanais visiblement éméchés. Mieux vaut ne pas s'attarder...

La suite au prochain épisode. Merci pour les mails, je n'ai pas encore pu répondre à tout le monde mais je le ferai dés que possible. A bientôt et plein de bonnes choses depuis Malakal!

PS: Stéphane, aucun risque de me voir rester ici 2 ans, crois-moi!

 

16/09/2007

Jil et Julien...

...devant la cuisine, comme d'hab' !

Bric-à-Brac

Une petite rumeur (à vérifier) qui fait froid dans le dos (colporté par Virgil, Logisticien Urgence pour Médecins du Monde) : McDo aurait ouvert un restaurant sur le tarmac de l’aéroport de Cusco au Pérou à la suite du tremblement de terre, pour distribution gratuite aux humanitaires… No comment

Il y en a comme ça, qui doutent de rien… : après le tsunami en Indonésie, le « Club du 4x4 Français » (véridique) avait débarqué « pour faire de l’humanitaire » avec leurs grosses voitures. On leur a gentiment demandé de dégager au bout de 2 semaines… Une ONG japonaise avait commencé à replanter des palmiers sur les plages une semaine après la catastrophe… C’est sur, ça peut être utile… Mais dans l’urgence…

Il y en a ici aussi remarquez… : pour certaines ONGs, la distribution de nourriture pour les sinistrés des inondations ou les réfugiés de retour au pays doit s’accompagner d’une distribution de bibles… Je respecte toutes les croyances mais ma tolérance pour ce genre de pratiques s’effrite chaque jour… Où est l’éthique ??? Tant que la nourriture arrive me direz-vous… Et bien non justement, ça ne justifie rien.

Ici au Sud Soudan, le pessimisme semble s’installer quant au maintien de la paix… A suivre… De prés…

Cette semaine, je suis allé à Juba pour 2 nuits. Pas mal de boulot et quelques sorties salutaires ! Une pizza dans un resto (même avec des mecs bourrés un peu reloud qui expliquent à mes collègues féminines qu’elles doivent venir avec eux et qu’elles n’ont rien à dire car ce sont des femmes…), c’est un bonheur que je ne prendrais plus jamais à la légère ! Pas plus que faire des courses dans un supermarché pour acheter du lait (même hors de prix) !!!

Deng, mon cher administrateur-comptable, m’a posé sa démission, panique à bord… Les prochaines semaines s’annoncent difficiles… Y a une raison pour laquelle je n’ai pas fait S au lycée !!! Je hais les maths !!! Et elles me le rendent bien…

Zigzaguer en vélo à Malakal avec l’ordi sur l’épaule, entre les ânes, les voitures et les piétons, ça marque pour la vie !

Bataille rangée d’ânes sous ma fenêtre à 6h30 du matin un dimanche : c’est pas possible de décrire le truc mais croyez moi, il n’y a rien de pire !

L’horizon se dégage : break de 12 jours annoncés pour le 31 octobre. Là tout de suite, ça me semble bien loin !

07/09/2007

Des Visages, des Figures

Il y a William, Project Officer, mon « bras droit », Soudanais réfugié au Kenya, qui travaillait déjà pour HI au camp de Kakuma au Kenya. Il a 2 femmes depuis qu’il a épousé la femme de son frère décédé. Je ne sais pas trop pourquoi, je trouve que cette coutume a quelque chose de romantique… ! Physiquement, c’est un sacré gaillard mais c’est aussi un grand gentil. Quand on parle un peu avec lui, un reconnait très vite un type brillant. J’espère qu’avec un peu de chance il arrivera où il veut parvenir dans la vie parce que si quelqu’un le mérite, c’est bien lui… William étudie les Relations Internationales par correspondance à Nairobi. Je me rends compte de la chance que j’ai eu, pouvoir faire des études, obtenir une éducation, avoir au moins les cartes en main pour avancer... Je ne sais pas si tout le monde se rend compte des avantages quotidiens et permanents que l’on a de vivre en France, en Australie, en Europe, aux Etats-Unis… Au-delà du confort matériel, au-delà des moyens de subsistance à profusion, si quelqu’un veut avancer et progresser, il en a le plus souvent les moyens. Ici, même avec toute la volonté du monde, la réussite et la recherche d’un peu de bonheur dépendent souvent d’un tel concours de circonstances que l’on n’est souvent pas toujours couronné de succès.

Il y a Deng, qui a mon âge, un grand type tout fin, Soudanais réfugié en Ethiopie. Premier emploi comme administrateur-comptable et déjà beaucoup de compétences. Deng est d’une gentillesse et d’une politesse incroyable. C’est un bonheur de travailler avec lui. C’est le genre de type qui, même malade avec la malaria, vient s’assurer que je m’en sors avec la compta (et bien sur je ne m’en sortais pas) et qui fini par rester toute la journée jusqu’à 18h pour m’aider.

Il y a Bhan, petite pile électrique de 25 ans, Logisticien sur le tas (il était avant un de nos gardes), qui a toujours le sourire, malicieux, toujours en mouvement, qui en veut comme rarement j’ai vu un mec en vouloir. Il faudrait plus de Bhan au Sud Soudan pour (re)construire ce pays. Bhan qui court acheter le matériel au marché, qui négocie les prix, qui supervise les travaux sur le compound… Sans aucun doute possible, c’est lui qui travaille le plus. Alors bien sur, il a besoin d’être pas mal accompagné, d’être encadré (la paperasse, même dans une ONG, c’est quelque chose…) mais bordel, j’en voudrais 10 comme lui… !!! Bhan est de l’ethnie Nuer, comme la plupart des membres de mon staff (nous avons aussi des Shillouks et des Dinkas). C’est quelque chose que j’ignorais avant de venir ici : les scarifications sont très répandues dans cette partie de l’Afrique. La plupart des hommes Nuers ont des cicatrices horizontales sur toute la largeur du front. Les Dinkas ont un espèce de V sur le front. Les Shillouks ont des points et des ronds sur tout le visage. Bhan a de très belles cicatrices !

Il y a les autres, Giel, Gatluak, Reech, Sarah, Mabior, Michael, Wilson, Andrew, James, Isaiah, Matthew, Martha (la cook/cleaner, une sacrée bonne femme comme on dit, grande comme la plupart des Sud Soudanaises, qui ne semble avoir besoin de personne pour se faire respecter au milieu de tous ces gaillards… !) Leur portrait viendra peut être.

Il y a Sylvain, Niçois d’origine, qui bosse pour l’ONG Solidarités et qui a chopé la Malaria deux fois en une semaine… Il a vraiment besoin d’un break Sylvain. Justement, il part à Zanzibar dans une semaine. Sinon, avant Malakal, il s’est un jour retrouvé avec une tête humaine fraichement coupée entre les mains. C’était en Indonésie et l’histoire complète vaut le déplacement jusqu’ici, croyez-moi !

Il y a Caoimihn (prononcer Kwevin), Irlandais déjanté, chef de l’ONG Goal, le trublion de Malakal, à l’accent encore plus incompréhensible après une ou deux bières, sans qui une soirée à Malakal n’a pas la même saveur… Avant, il bossait en Bolivie avec les enfants des rues. Caoimihn qui me disait l’autre soir que Malakal était le 2e endroit au monde le plus difficile pour les humanitaires après l’Irak… ! Bon, quand je lui ai demandé d’où il tenait ça, il n’a pas trop pu me répondre mais heureusement qu’il y a des mecs comme lui pour mettre un peu l’ambiance ! On attend une confrontation France-Irlande au Rugby avec impatience… ! Goal a la télé par satellite…

Et puis il y a moi… ! Un mois aujourd’hui que j’ai quitté Paris ! C’est fou, non !? La semaine prochaine, normalement, je vais à Juba pour faire le point avec Claire, ma Chef de Mission. Au début je ne pensais pas y aller mais on a pas mal de sujets à discuter. Et puis après tout, la moindre occasion de sortir de Malakal est bonne à prendre ! A Juba, je vais pouvoir m’acheter des Choco Pops, 13$ le paquet !!! Mais c’est un petit confort qui prend une proportion considérable ici, croyez-moi ! Et puis tiens, je vais aussi me taper une bonne pizza à 25$... Dans un mois j’irai à Bor pour une réunion de coordination avec tous les expats Handicap au Sud Soudan (6 au total) et dans un mois et demi j’espère aller au Rwanda. Ces dates dans le calendrier aident à tenir le coup.

Salut la compagnie !

01/09/2007

Petit compte rendu

L’un de mes petits compagnons à 4 pates s’est méchamment blessé, à la pate justement. Je n’ai pas poussé le vice jusqu’à décider si c’était Jil ou Julien… (c’est plus leur « couple » que j’ai baptisé…). Il boite bas et me semble bien misérable… Bon, ils me saoulent toujours autant, toujours à réclamer à bouffer, mais quand même…

La semaine dernière, j’avais emmené mon chauffeur à l’hôpital (ou plutôt à une clinique soudanaise… impossible à décrire…) après qu’il eut souffert d’une violente crise disons, intestinale (en conduisant…). Tombé dans les pommes tellement ça l’a mis KO… Au milieu du marché, un dimanche… Bref, panique à bord…

J’ai eu une démission d’un membre du staff.

J’ai eu de sérieux problèmes de discipline à régler.

J’ai du lancer un processus de recrutement (haut en couleurs les CVs et lettres de candidature, je n’en dirais pas plus…).

J’ai eu mille trucs à faire, à comprendre, pour faire tourner la base et le projet. Vendredi soir, j’étais au bout du bout… Du coup, je me suis accordé une pause salutaire le samedi après-midi.

Cette semaine, en comparaison, a été plus calme.

Beaucoup d’absents et beaucoup de formations pour mon équipe à droite et à gauche… Du coup au bureau, c’est plus calme… Ah oui, parce que, à part pour 3-4 meetings chaque semaine, je ne sors quasiment jamais, pas le temps ! Sauf cette semaine, où j’ai quand même pu voir une de nos activités dans une école (infrastructures… à l’image du pays, tout est à faire…), très chouette, pièce de théâtre pour parler des dangers des mines. Weekend à nouveau surchargé, cette fois-ci, c’est parce que c’est la fin du mois (rapports divers et variés, bouclage financier, etc.)

J’espère sortir de Malakal pour le projet d’ici deux semaines. Voyage pour le boulot également prévu à Bor (dans l’état du Jonglei) en passant par Juba, en Octobre…

Il pleut des cordes ces derniers jours sur Malakal, la boue fait son retour en force !

Je ne mange toujours pas grand-chose, en plus ma cook est malade. Les gens sont souvent malade ici, malaria ou autre.

Je me rends bien compte, encore une fois, de ne pas avoir grand-chose à raconter à part le boulot. La seule chose dont je pourrais vous parler ce sont mes sentiments, mes impressions, mais c’est bien ça le plus dur ! Disons que ça va. Le moral fluctue et se calque sur le boulot. Ah, ça va être mon tour pour le radio call, attendez… ! Ca y est ! Donc le moral varie. Je me demande parfois ce que je fais là. L’isolement, la charge de travail, le stress… Tout ça s’accumule. Il y a aussi de bon moments, pas si fréquents : avec les autres expats, après une bonne grosse journée de boulot, après un meeting intéressant ou simplement quand j’ai l’impression de bien jouer mon rôle de Chef de Projet… C’est une expérience de travail vraiment formatrice, une expérience de vie… intéressante (c’est suffisamment vague…). Pas forcément joyeuse mais je ne suis pas là pour ça ! C’est quand même chouette de se retrouver au Sud Soudan, c’est pas donné à tout le monde

Bon, allez, à la prochaine, je pense bien à vous tous. J’ai l’espoir d’avoir Internet la semaine prochaine, les communications seront plus faciles et les photos devraient suivre… Bonne rentrée à tous depuis Malakal !

25/08/2007

20 jours au Sud Soudan

Déjà 20 jours que je suis là ! J'ai parfois l'impression que ça fait 6 mois… Cette après-midi, c'est décidé, je fais un break : on est samedi, je ne fais rien jusqu'à demain matin dimanche. Sinon, je ne vais pas tenir à ce rythme… Je ne sais pas trop quoi vous raconter… Que j'ai plein de travail ? Que c'est dur ? Que c'est parfois très dur même ? Qu'il y a des satisfactions aussi mais pas forcement évidentes, comme ça, à court terme… ? Ca risque de ne pas être passionnant si je déblatère là-dessus… !

C'est dur vraiment de trouver un angle pour vous raconter un peu… A la différence du Rwanda, je n'ai quasiment aucune occupation autre que le travail. Ah si…: une bière (hors de prix) le soir parfois chez mes voisins, l'ONG Solidarités, pour se plaindre ensemble des petits tracas journaliers, débriefer, chercher un soutien, rigoler, évoquer les bons petits plats et resto niçois (Sylvain, de Solidarités, est niçois ! Faut le faire quand même…) et essayer de comprendre un peu la drôle d'expérience qu'on vit tous ensemble…

Il pleut moins depuis quelques jours. Mais il fait du coup plus chaud, surtout la nuit. J'ai un nouveau colocataire, qui est arrivé aujourd'hui. Daggy, Ethiopien, qui bosse pour une autre ONG et qui va rester chez nous pour 2 mois. Un peu de compagnie ça peut faire du bien !

Je me glisse (j'essaye…) dans ma peau de Project Manager avec tout ce que ça implique en terme de gestion d'équipe en particulier (l'aspect le plus difficile du boulot selon moi). Il y a tous les jours quelques chose de nouveau. C'est parfois même très dur, surtout face à des problèmes de discipline, fréquents. C'est dur de mener de front, tout seul, la gestion de base (du bureau), la gestion de projet et la gestion d'équipe. En terme logistique, tout est très compliqué à Malakal, rien n'est facile à obtenir, à mettre en place.

Stéphane, humanitaire rodé qui bosse pour une autre ONG, me disait l'autre jour que les conditions de vie et de travail lui semblaient plus dures ici qu'au Darfour où il a passé pas mal de temps. Les conditions de sécurité sont meilleures mais pour le reste…

Avec la saison sèche, dans 1 mois environ, et si les conditions de sécurité le permettent (elles sont plutôt volatiles dans la région, notamment dans les états de Jonglei et Unity, au Sud et à l'Ouest, où l'on enregistre des batailles claniques ou tribales sanglantes, avec des « raids » pour s'emparer du bétail et parfois des femmes et des enfants d'autres clans ou d'autres tribus), j'espère avoir l'occasion de sortir de Malakal pour le projet. Beaucoup d'endroits ne sont accessibles que par bateau sur le Nil. Mon équipe se déplace en dehors de Malakal régulièrement mais moi, je 'en ai pas encore eu le temps... Pour d'autres endroits plus reculés, il faut réussir à obtenir une place sur les avions ou les hélicoptères de UNMIS, la Mission des Nations Unies au Soudan (Casques Bleus, Indiens à Malakal). Si vous ajoutez à ça les tensions très vives entre les armées du Nord et du Sud (le cœur du problème et de la guerre civile de 30 ans qui s'est achevée officiellement en 2005), toutes deux (plus d'autres factions armées…) présentes dans la région, vous obtenez une situation délicate et difficile à comprendre pour un observateur extérieur. Bref, c'est tendu mais aussi très intéressant de se retrouver ici… !

Voilà. Ce sont mes 20 premiers jours au Soudan. Faut pas m'en demander plus pour le moment, je ne peux bien sur pas tout raconter sur le Net et puis il faut travailler l'inspiration… ! Je ne peux pas répondre aux mails (faute de vraie connexion) mais je les lis avec plaisir de temps en temps, merci à tous ceux qui y sont allés de leur petit mot !

A la prochaine !

19/08/2007

Malakal

Ca y est je suis à Malakal ! Je vais essayer de vous décrire le truc mais je ne crois pas que ce soit possible… Par où commencer ? C’est une ville, au bord du Nil, construite en bordure de marécages. C’est la saison des pluies. La boue est partout. Mais quand je dis boue… Jusqu’aux chevilles, partout. Les rues ne sont que boue et marres d’eau qui recouvrent parfois les roues des 4x4. Sur les bords de chaque rue, des égouts qui se mélangent aux marres et aux flaques d’eau. Le marché central, très animé est au milieu de tout ça. Les petites échoppes sont dans la boue, les marchandises se vendent pour beaucoup à même le sol, à même la boue, sur un bout de carton. L’eau ne pénètre tout simplement pas, elle reste en surface. Le piéton est roi, il y a du monde partout, pas mal de vélos. Moi, je ne suis là que pour 6 mois. Mais pour les gens d’ici… Premier achat, le plus important ici : des botes ! Taille 40 pour moi alors que je fais du 44, allez comprendre…

Les quelques magasins d’alimentation ne contiennent que quelques conserves et produits ménagers. Depuis que je suis arrivé, je n’ai mangé que de la ratatouille, du foie, encore de la ratatouille, du poulet, des patates douces, des soupes chinoises en sachet et encore de la ratatouille. Je vais voir avec ma cuisinière quelles sont les possibilités pour varier un peu. Tout est importé, donc très cher. Il pleut beaucoup et quand il ne pleut pas, il fait chaud et humide. Je suis en nage en permanence, faut que je m’habitue ! Les moustiques attaquent à partir de 19h, en force. Le Nil n’est pas loin, mais je n’ai pas encore eu le temps d’aller le voir.

Le compound Handicap est un des plus agréable m’a-t-on dit. C'est vrai qu’on a du carrelage. Bureau et maison sont mitoyens. La douche et les toilettes dans la petite cour, traversée par les eaux usées de la cuisine. L’eau vient directement du Nil ou presque, elle est jaunâtre. Le seau d’eau remplace la chasse d’eau. Dans la maison, presque pas de meubles. Des lits (très inconfortables), une armoire, une petite table en plastique et c’est tout. Mon bureau donne sur la seule route « goudronnée » de la ville : toute la journée je vois défiler des charrettes de fortune tirées par des ânes ou des chevaux. Très peu de voitures en ville. Les vaches, les chèvres, les chiens errants et les ânes trainent partout. Le bureau est pas mal équipé. J’ai hâte d’avoir une vraie connexion Internet. Pour le téléphone, Thuraya (téléphone satellite hors de prix). On va peut être installer une ligne fixe. Pour les communications dans Malakal, radio VHF (genre de talkie-walkie). Tous les soirs, à 19h, je réponds à un appel UN de sécurité sur mon talkie-walkie avec mon « nom de code ». Le truc sympa de ma maison quand même c’est que pour voisin, j’ai une boulangerie ! Donc tous les matins, j’ai des petits pains tout chauds au petit déjeuner. J’ai une mosquée juste derrière. Les appels à la prière rythment mes journées… Depuis 2 nuits, je ne me réveille plus avec le 1er appel, à 5h du matin. Mais les ânes sont de sortie, et ça doit être la saison des amours… C’est peut être le pire de tous les cris d’animaux le beuglement de l’âne ! J’ai deux petits compagnons, des petits chats, visiblement des frères car identiques, inséparables. Je les ai baptisé Jil et Julien. Toujours dans mes pates dans la cuisine, toujours à réclamer à manger. De beaux spécimens d’araignées (les plus grosses depuis l’Australie) peuplent également mon compound…

C’est pas très grand Malakal, mais à cause de l’état des routes, on ne se déplace qu’en 4x4. Couvre feu UN à pied à 20h, en voiture à 23h. La sécurité dans Malakal est correcte pour le moment. Pas forcement dans le reste de l’état, le Upper Nile State. A Malakal, les UNs et les ONGs attendent la fin de la saison des pluies (Octobre-Novembre) avec un peu d’anxiété. Il y a des maladies pas très sympathiques dans la région (choléra entre autre) mais ce n’est heureusement pas l’épidémie. Les inondations actuelles n’aident surement pas…

Pour voisin, j’ai Goal, ONG irlandaise et Solidarités, ONG française. La communauté expatriée est réduite et je crois avoir rencontré presque tout le monde déjà (Action contre la Faim, Médecins du Monde, le CICR, etc…). Sans surprise, les UNs et les ONGs ne semblent pas beaucoup se mélanger. On se soutient pas mal, on me donne des conseils, ce qui me rassure au cours de ces premiers jours. 10 jours que je suis là déjà, j’ai du mal à y croire ! Je m’accorde une pause en ce début de soirée (on est samedi) car je n’ai pas arrêté depuis mon arrivée, 8h-21h tous les jours. Je reprendrais le boulot demain dimanche.

Le boulot : difficile d’en parler, de faire un premier tri. J’ai tant d’informations à emmagasiner, à analyser. Déjà beaucoup de décisions à prendre, de rapports à transmettre. Depuis ce matin, pour la 1ere fois, je suis tout seul. L’ancienne Project Manager est partie. Mon Logisticien basé à Juba venu en renfort est parti. Je suis seul aux commandes. Grosse équipe pour une première expérience en tant que Manager : 18 personnes. Le courant passe déjà très bien avec certains, il est à établir avec d’autres. Tout est à faire ici, beaucoup de Sud Soudanais n’ont connu que la guerre, les compétences sont parfois réduites et les mentalités bien différentes. Je découvre tous les jours des aspects différents du boulot (administration, budgets, rapports, point sécu, logistique, projet lui-même (d’éducation au danger des mines), meetings hebdomadaires avec les autres ONGs et les UNs, avec les autorités), pas forcement simples d’ailleurs (c’est un euphémisme).

Le soir, pas grand-chose à faire bien sur. Je regarde des films sur l’ordinateur ou je me couche tout de suite. On se rend parfois visite entre ONGs voisines. J’ai les oreilles grandes ouvertes, en essayant cependant de prendre du recul car ceux qui sont là depuis plusieurs semaines sont pour certains à bout, physiquement et nerveusement, donc quelques fois un peu amers. Pas mal de malaria aussi, mais moi je prends mon traitement (et j’ai bien sur une moustiquaire) et ceux que j’ai vu malades n’en prenaient pas. Ils ont cependant tous plus au moins déjà récupéré.

Voilà, le tableau est dressé. Je sens déjà que ca va être difficile pour moi de partager cette expérience, dans les premières semaines en tout cas. Mon corps et mon cerveau sont mis à rude épreuve et il va me falloir un peu de temps… Ca n’a rien, mais alors rien à voir avec mon expérience au Rwanda. Pour les photos (je n’en ai pas encore pris), va falloir attendre une vraie connexion Internet, avant la fin du mois j’espère. Je m’arrange tout de même pour lire mes mails de temps en temps. Il est 20 heures, je vais manger et bientôt me coucher.

J’espère que tout le monde va bien, I often think of you all, missing you already ! A bientôt tout le monde !